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La Bible comme manuel psychologique : pourquoi Neville Goddard citait les Évangiles

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Neville Goddard présente un paradoxe fascinant pour ceux qui découvrent son enseignement. Bien qu’il ait passé sa vie à interpréter et à citer abondamment la Bible et les Évangiles, il ne se définissait absolument pas comme un mystique chrétien. Pour comprendre cette posture surprenante, il faut saisir que l’approche de Goddard n’était en rien théologique, mais strictement psychologique et allégorique.

Pour Goddard, la Bible n’est pas un récit historique relatant des faits survenus au Moyen-Orient il y a deux millénaires, ni un texte révélant l’action d’un Dieu extérieur. Il la considérait comme le plus grand traité de psychologie humaine jamais rédigé. Chaque personnage, de Moïse à Jésus, chaque événement miraculeux et chaque lieu géographique symbolisent des états de conscience ou des facultés psychiques.

Par exemple, Jésus marchant sur les eaux tumultueuses illustre la maîtrise de l’esprit sur les émotions chaotiques. Citer les Évangiles n’était donc pas un acte de dévotion religieuse, mais une méthode précise pour décrypter le fonctionnement de l’imagination humaine. Quand il parle du « Christ », il ne désigne pas un homme divinisé, mais cette force créatrice présente en chaque individu.

Cette vision radicalement déconstruite trouve sa source dans la formation même de Goddard. Dans les années 1930, il rencontra un érudit juif d’origine éthiopienne nommé Abdullah, qui l’initia à la lecture ésotérique des Écritures.

Abdullah lui enseigna que les auteurs bibliques avaient consciemment codé leurs connaissances sur la loi de l’assomption sous forme de mythes et de paraboles pour protéger ce savoir puissant des profanes. Goddard a ainsi hérité d’une longue tradition hermétique et kabbalistique qui voyait dans la Bible un code crypté, et non un dogme moral à suivre.

Sur le plan pratique, citer les Évangiles était également un choix pédagogique redoutable. Dans l’Amérique des années 1950 et 1960, son public possédait une culture biblique très ancrée. En utilisant un vocabulaire familier (la prière, la foi, le royaume des cieux), Goddard captait immédiatement l’attention de ses auditeurs, tout en retournant subversivement le sens originel de ces mots.

Il détournait les concepts chrétiens de leur carcan religieux pour les transformer en outils d’autonomisation personnelle, prouvant que le salut ne dépend pas d’une église, mais de l’état d’esprit.

En définitive, si Neville Goddard citait constamment la Bible, c’était pour la « libérer » de l’emprise institutionnelle. Sa démarche visait à démontrer que les textes sacrés parlent de l’individu, par l’individu et pour l’individu.

Il s’agissait de remplacer la dépendance à un sauveur externe par la reconnaissance de sa propre divinité intérieure, faisant de lui un philosophe de l’esprit bien plus qu’un croyant au sens traditionnel du terme.

 

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