En 1968, la parution de l’ouvrage Die Erinnerungen an die Zukunft (Souvenirs de l’avenir) provoque un séisme intellectuel. Son auteur, le Suisse Erich von Däniken, popularise auprès du grand public ce qui deviendra la théorie des anciens astronautes. Sa thèse est radicale et fascinante : les dieux de l’Antiquité n’étaient que des extraterrestres, et l’humanité aurait été visitée, voire génétiquement modifiée, par des entités cosmiques venues façonner notre histoire.
Pendant des décennies, le monde scientifique a démonté ses théories avec une férocité sans borne. On lui a reproché ses interprétations fantaisistes, ses traductions approximatives de textes sumériens ou mayas, et son mépris affiché pour les capacités intellectuelles de nos ancêtres.
Von Däniken a souvent été accusé de racisme culturel, sous-entendant que les peuples anciens n’étaient pas capables de bâtir des pyramides ou de fonder des civilisations complexes sans l’aide d’ingénieurs stellaires. Il est indéniable que l’auteur a souvent eu la main lourde, transformant une simple fresque énigmatique en preuve absolue d’une fusée intergalactique.
Cependant, balayer d’un revers de manche l’ensemble de son œuvre serait une erreur d’arrogance. Si l’on sépare l’homme de ses excès et les faits avérés de ses conclusions hâtives, il convient de reconnaître qu’il existe « une certaine justesse » dans son intuition fondamentale.
Premièrement, Von Däniken a eu le grand mérite de pointer du doigt les anomalies historiques et archéologiques que le monde académique peinait à expliquer de manière convaincante. Comment expliquer les joints d’une précision micrométrique sur les blocs de granit de Puma Punku, en Bolivie, alors que les outils en bronze de l’époque ne pouvaient logiquement pas obtenir un tel résultat ?
Comment justifier la découverte de batteries électriques rudimentaires à Bagdad, vieilles de deux mille ans ? L’auteur suisse a forcé les historiens à sortir de leur zone de confort face à des « objets hors du temps1 » qui démontrent que notre compréhension du passé est parcellaire.
Deuxièmement, la justesse de sa théorie réside dans l’analyse transversale des mythes. Il est frappant de constater que des civilisations parfaitement isolées les unes des autres aient toutes laissé des récits quasi identiques : des êtres descendus du ciel sur des « chars de feu », des « guerres dans les cieux », ou encore des « semences » apportées aux humains pour les rendre plus intelligents.
Que l’on lise le Livre d’Ézéchiel, les textes hindous sur les Vimanas, ou les traditions orales africaines des Dogons, le même scénario technologique se répète. Là où les anthropologues voient de simples allégories poétiques ou des archétypes jungiens, Von Däniken y voit le témoignage troublant d’une technologie avancée. Son approche littérale des textes sacrés, si elle est discutable, a le mérite de la cohérence face à ces convergences inexpliquées.
Enfin, le contexte astrophysique moderne redonne étrangement du crédit à ses idées. Avec la découverte quotidienne d’exoplanètes situées dans la zone habitable et les estimations statistiques montrant que l’univers regorge de mondes potentiellement habités, l’hypothèse d’une vie intelligente plus ancienne que la nôtre n’est plus de la science-fiction.
Si une civilisation a quelques millions d’années d’avance sur nous, le voyage interstellaire ou l’observation à distance devient techniquement envisageable. Dans un univers si vaste, postuler que la Terre n’a jamais reçu de visiteur relève presque d’un anthropocentrisme naïf.
Erich von Däniken n’est pas un scientifique, c’est un intuitif et un conteur. Il a certes charrié des erreurs et bâti des ponts trop fragiles entre des indices isolés. Pourtant, en osant poser la question interdite du « Et si c’était vrai ? », il a secoué le dogmatisme historique. À la lumière des découvertes contemporaines, l’idée d’une présence extraterrestre dans notre passé lointain ne semble plus aussi absurde qu’elle ne l’était au XXe siècle. Von Däniken n’avait peut-être pas toutes les bonnes réponses, mais il est probable qu’il ait posé la bonne question.
1Aussi appelé Oopart « Out Of Place Artifact » en anglos-saxon, soit : « Objet manufacturé incongru, qui ne devrait pas être là, qui est hors contexte », encore appelé artéfact anachronique.